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Christophe Monteiro, l'enfant du champ de manoeuvre

Enfant du Champ-de-Manoeuvre «sauvé» par le Flep, il est devenu à son tour animateur. Et conseiller municipal délégué aux jeunes adultes à Soyaux depuis 2008. Portrait.



Christophe Monteiro a grandi au Champ-de-Manoeuvre à Soyaux et ne se voit pas vivre ailleurs. Photo Majid Bouzzit
Christophe Monteiro a grandi au Champ-de-Manoeuvre à Soyaux et ne se voit pas vivre ailleurs. Photo Majid Bouzzit
Ce n'est pas un nostalgique des murs. Mais devant le Flep historique le mois dernier à Soyaux, quelques jours avant la démolition, Christophe Monteiro a glissé des mots très personnels sur «cette rencontre qui a bouleversé [sa] vie et l'a façonné».

«J'étais un petit merdeux. Sans ces animateurs qui m'ont valorisé et fait prendre conscience que tout était possible, j'aurais mal tourné», avouait ce jour-là ce gars de 36 ans. Entraîneur des footballeurs, puis des footballeuses de Soyaux, conseiller municipal délégué aux jeunes adultes de la troisième ville du département depuis 2008, animateur responsable des loisirs éducatifs au CAJ de La Grand-Font, Christophe Monteiro fait un même lien entre toutes ces casquettes: «redonner ce qu'on m'a donné.» En servant d'exemple. Partout, mais notamment dans son quartier du Champ-de-Manoeuvre. Là où il a grandi à partir de l'âge de 7 ans, là où il vit toujours aujourd'hui.

Son diplôme de gestion de production à l'IUT de Sillac, il ne s'en est pas vraiment servi. Et les diplômes dans l'animation, il les a passés progressivement au fur et à mesure de ses contrats au Flep, à la MJC de Fléac et au CAJ de La Grand-Font. Comme son brevet d'Etat football pour encadrer l'AS, puis l'ASJ Soyaux. C'est la méthode, elle, qui a évolué.

Entre 18 ans et 21 ans, jeune animateur l'été au Flep, Christophe Monteiro avait une façon de gérer les conflits pas vraiment homologuée. «Des grandes baffes ou la descente du camion et tu rentres à pied... C'était mes outils à moi, je n'avais pas de réponse à l'agressivité. J'avais pas de formation.»

«Il a encore un côté branluchon, il a encore du travail à faire, avoue Jean-Paul Pain, le directeur du CAJ. Mais c'est quelqu'un qui a envie de s'en sortir et d'avancer. Il passe assez bien avec les jeunes.»

Si François Nebout l'a recruté sur sa liste en 2008, c'est pour ce qu'il est: «un jeune sportif, tonique, qui a des idées et avec qui j'ai des concordances de vue», glisse le maire UMP de Soyaux. Son projet: mettre en place une sorte de conseil municipal des jeunes de 16 ans à 25 ans. Une tranche d'âge difficile à mobiliser. «Sur 800 lettres et messages envoyés via internet, on n'a eu que six réponses», regrette Christophe Monteiro.

Sur les éruptions de violence qui marquent son quartier, il a une analyse liée à son passé et à son métier. «On paie avec ces tranches d'âge cinq ou dix ans de non-travail avec eux.» La faute à un système où on prend comme animateurs «des jeunes en contrat précaire, pas forcément formés», à des sorties «sur catalogue, où on va faire du rugby ou du golf avec les jeunes sans les responsabiliser.»

«On avait des responsabilités»

Des conneries, il en a faites dans sa jeunesse. «Mais quand tu te sens valorisé et utile, tu te dis à quoi ça sert de faire des bêtises ?»

Il n'y avait pas d'argent chez lui. «Mais chaque année, je partais au ski, j'ai été en Corse, en Tunisie... Mais pour cela, avec les copains, on organisait des jeux de tarot, on vendait des sandwiches pour le Ramadan... On travaillait sur l'autofinancement, on avait des responsabilités.» La vie et ses passages offrent de drôles de retournements. Fils d'un Portugais et d'une Française de Nancy, il se faisait accepter petit par le groupe en insistant sur ses origines portugaises. «Maintenant, on me dit ''le Portugais'' et je dis ''non, je suis français''», rigole Christophe Monteiro. Une histoire de codes.

Comme l'autre jour, quand un jeune bloquait la route avec sa voiture. Klaxonné par un automobiliste, le jeune a répondu par un doigt d'honneur et des insultes... avant de lancer un grand salut à Christophe Monteiro. «Je suis allé le voir, lui ai demandé pourquoi tu fais ça ? Mets-toi à sa place, là ce serait plutôt à toi de t'excuser... On oublie que ce sont des enfants qui sont en train de se structurer: c'est aux adultes de les aider quand la famille fait défaut.»

Charente Libre du 08 décembre 2010.

Mercredi 8 Décembre 2010
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